Les structures de l'espace iranien

 

La grande diversité des données culturelles, économiques ou naturelles fait parfois apparaître l'Iran comme une mosaïque quelque peu incohérente, fortement marquée, il est vrai, par la présence au centre-est du pays d'un immense espace désertique. Les particularismes régionaux sont souvent très marqués, surtout dans les provinces caspiennes du Gilân et du Mâzandarân, du Baloutchistan et, bien sûr, de Téhéran, dont le poids est souvent écrasant dans la culture et l'économie du pays. L'analyse cartographique révèle en fait l'existence de quelques types récurrents de répartition des phénomènes, montrant ainsi que la géographie de l'Iran obéit à des règles, à des structures souvent bien visibles.

Pour faciliter la lecture de cet atlas, on a regroupé dans ce chapitre introductif non pas les données les plus importantes de la géographie de l'Iran, mais quelques exemples de structures géographiques de base qui se retrouvent, en se combinant, dans la plupart des autres cartes. Ce sont des clés de lecture.

La présence des déserts du Dacht-e Kavir et du Lout explique la concentration de 67% de la population sur 27% du territoire. Cette dissymétrie fondamentale de l'Iran est renforcée, mais aussi nuancée, par le contraste qui existe entre les régions massivement persanophones du Centre-Est, et celles de la périphérie, où vivent la plupart des 18% d'Iraniens qui ne parlent pas le persan. Malgré une taille modeste à l'échelle du pays (15% de la population), Téhéran, ville du nord de l'Iran, centralise, et parfois monopolise les activités de haut niveau, ce qui accentue le déséquilibre économique du territoire, au détriment des régions méridionales.

Cette opposition entre centre et périphérie est renforcée par les fortes inégalités que l'on constate entre les zones rurales et urbaines ou entre hommes et femmes, dans le domaine culturel, ou pour l'accès aux équipements et services. En fait, les effets négatifs ou positifs sont souvent cumulatifs, si bien que les femmes rurales des zones périphériques ont une situation bien plus difficile que les hommes des villes du centre du pays.

Les guerres (Irak-Iran 1980-1988 et d'Afghanistan depuis 1979) ont enfin fortement affecté le territoire et la société de l'Iran. Le recensement de 1986 montre en particulier l'afflux des réfugiés vers l'arrière du front et les villes de l'intérieur, la destruction des villes de la province du Khouzistân (Abâdân et Khorramchahr totalisaient 500 000 habitants en 1980), et le déplacement des courants commerciaux intérieurs vers les ports situés plus à l'est, comme Bandar Abbâs. Sur les frontières orientales du pays, l'arrivée de plus de 2,5 millions de réfugiés afghans, à partir de 1979, a bouleversé des régions encore très peu développées qui doivent faire face, depuis une décennie, au trafic de drogue.

L'environnement naturel, enfin, impose une marque forte sur la géographie du pays. L'Iran est un pays de montagnes (Damâvand 5 610 m) et de hauts plateaux, dominant les hautes plaines des déserts centraux du Kavir et du Lout, mais aussi les basses plaines de la périphérie du plateau central qui ont un rôle original et de premier Plan, qu'il s'agisse des plaines caspiennes au climat subtropical humide, qui fournissent un quart de la production agricole, ou de la Basse-Mésopotamie riche en eau et en pétrole.