Laurent CHAPELON
| UMR 6012 ESPACE, CNRS Université Montpellier III 17 rue Abbé de lÉpée 34090 Montpellier Email: |
Communication au colloque international «Technological innovation for land transportation» - Lille 2/4 décembre 2003
RÉSUMÉ La présente contribution aborde la question de lévaluation spatiale et temporelle des services intermodaux de transport. Le développement dinstruments de mesure de laccessibilité intermodale de plus en plus précis tenant compte des horaires de circulation des transports collectifs, de la variabilité temporelle des niveaux de circulation sur le réseau routier et des parcours terminaux, pose la question de lagrégation des mesures daccessibilité dans lespace et le temps. En effet, loffre de transport intermodale est, plus que loffre monomodale, sujette à de fortes variations de performance dans lespace et au cours du temps, ce qui nécessite une démarche dévaluation très désagrégée, presque minute par minute. Or, la quantité dinformations qui en découle se prête difficilement à une vision synthétique de la performance des chaînes intermodales de transport. Les atouts et limites des indicateurs spatio-temporels désagrégés et agrégés seront donc étudiés au regard des résultats escomptés.
ABSTRACT Evaluation of intermodal transport chains: the aggregation of measures in space and time. This paper deals with the evaluation of intermodal transport services in space and time. Research in developing tools to measure intermodal accessibility have led to more and more accuracy, ie integration of travel time variability on the road network and beginning and end of transport chains. Those advances open up the questions of the aggregation of accessibility measures in space and time. Intermodal transport performances are more volatile than their monomodal transport counterparts, thus requiring a more detailed and disaggregated modelling process. But the huge amount of data necessary make more difficult any global approach at the more aggregated levels. Pros and cons of those aggregated and disaggregated measures will be discussed and analysed in respect of the expected results.
Lévaluation spatiale et temporelle de la performance des chaînes intermodales de transport repose principalement sur les mesures daccessibilité. Laccessibilité dun lieu peut être définie comme la plus ou moins grande facilité avec laquelle ce lieu peut être atteint à partir dun ou de plusieurs autres lieux, à laide de tout ou partie des moyens de transport existants. Laccessibilité ne renvoie pas uniquement à la seule capacité datteindre ou non un lieu donné, mais elle traduit également la pénibilité du déplacement, la difficulté de la mise en relation. Or, si laccessibilité est dapproche intuitive relativement aisée nous verrons que sa mesure et sa représentation posent des contraintes méthodologiques fortes.
Mesurer laccessibilité dun lieu revient à quantifier la plus ou moins grande facilité avec laquelle ce lieu peut être atteint à partir dun ou de plusieurs autres lieux. La manière la plus couramment utilisée pour évaluer cette facilité daccès est de déterminer lespace de temps (la durée) nécessaire pour aller dun point à un autre de lespace géographique. Il sen suit que la distance-temps, évaluée en unités de durée (minutes ), apparaît généralement comme la distance la plus pertinente pour mesurer lécartement, léloignement entre les lieux.
Le choix des modes et de litinéraire empruntés par lusager peut soit reposer directement sur la minimisation de la distance-temps, soit renvoyer à dautres logiques de déplacement comme la minimisation du kilométrage ou du coût de transport pour lesquelles il est possible dextraire dans un second temps la durée, non nécessairement optimale, du trajet. La recherche de la plus grande précision possible lors du calcul des distances-temps se heurte à des contraintes qui conduisent à lobtention de mesures fortement désagrégées, tant spatialement que temporellement.
Toute mesure daccessibilité se rapporte à un lieu donné, localisé avec précision dans lespace géographique.
Deux lieux situés à quelques mètres lun de lautre peuvent présenter de forts différentiels daccessibilité sils sont séparés par un cours deau, un élément de relief ou une infrastructure autoroutière ou ferroviaire.
Associer une valeur daccessibilité à une ville est, en toute rigueur, erroné puisque cette valeur ne correspond quà un lieu et un seul de lespace urbain (logement, place publique, échangeur autoroutier, carrefour ). Lorsquil est question de laccessibilité entre deux villes, il convient de définir précisément les lieux dorigine et de destination notamment si lon souhaite comparer entre elles des chaînes de transport.
Calculer laccessibilité entre deux gares tend à favoriser le train par rapport à la voiture; calculer cette accessibilité entre deux zones dactivités périphériques relativise la performance du train surtout si les trajets terminaux à partir de la gare sont de mauvaise qualité. Comme les trajets urbains sont, dans de nombreux cas, fortement chronophages, le choix des lieux de référence est fondamental. Il faut, par exemple, le même temps (une heure) pour parcourir en TGV les 230 kilomètres qui séparent la gare de Tours de la gare Montparnasse à Paris que pour couvrir les 23 kilomètres entre cette dernière et laéroport Charles-de-Gaulle !
Ainsi, les coordonnées géographiques des lieux dorigine et de destination constituent un élément indissociable de la mesure daccessibilité. Comme personne nhabite dans les gares, les aéroports ou les péages autoroutiers, ceci a pour conséquence méthodologique dimposer la modélisation complète de la chaîne de transport incluant les trajets pédestres dextrémités. Ainsi, les temps de parcours devraient, en toute rigueur, être calculés de porte à porte pour les voyageurs ou détagère à étagère pour les marchandises. Le travail de recherche sur lévaluation des chaînes de transport à dominante routière et ferroviaire en Languedoc-Roussillon et Nord-Pas-de-Calais mené pour le compte du GRRT Nord-Pas-de-Calais par léquipe montpelliéraine de lUMR ESPACE a mis en évidence limpact considérable des trajets terminaux sur la concurrence rail-route [APP.02].
Cependant, la multiplicité des lieux de résidence, de travail, détudes ou de loisirs explique que de nombreux travaux sur la question utilisent, selon léchelle danalyse, un temps forfaitaire de pré et post acheminement vers ou depuis la gare, laéroport, larrêt de bus, léchangeur autoroutier , ou associent laccessibilité à un lieu unique (gare, aéroport, centroïde de la zone urbaine agglomérée, carrefour principal ) considéré comme représentatif de laccessibilité des lieux dune certaine zone (ville, commune, quartier ). Cette démarche est, en règle générale, guidée par la recherche de résultats sappliquant au plus grand nombre et non pas à un seul couple dindividus.
La désagrégation spatiale des mesures pose également des problèmes méthodologiques lourds concernant la densité des résultats. La modélisation des réseaux sous forme de graphes valués, dans laquelle nous situons nos propos, couplée à la puissance de calcul des ordinateurs permet dobtenir une couverture fine de lespace géographique en lieux de mesure [CHA.97, MAT.03]. Il sagit cependant dun espace discret renvoyant un nombre fini de lieux. Lobtention dune couverture complète de lespace peut se faire soit à laide dune modélisation par carroyage impliquant le calcul dun temps de traversée des cellules [PAS.96], soit par interpolation des valeurs discrètes à lorigine de cartes en isolignes [CHA.00]. Latout principal de linterpolation par rapport au carroyage est la lisibilité du rendu cartographique, sa faiblesse réside dans lestimation mathématique des valeurs des cellules situées entre les lieux de mesure et donc dans la perte relative de précision qui en découle.
Toute mesure daccessibilité se rapporte à un instant donné et à un seul.
De la même manière que laccessibilité sinscrit dans lespace géographique, elle sinscrit dans le temps car elle dépend du moment où elle est mesurée. Les systèmes de transport à fonctionnalité temporaire munis dhoraires de circulation (trains, avions, bus ) sont particulièrement concernés par de fortes variations de laccessibilité au cours de la journée [CHA.02, LHO.01a].
Laccessibilité entre deux gares peut être optimale à 8h00 sil existe un train partant à cette heure là, et médiocre à 8h01 si le train suivant ne part quà 19h00. Le même constat peut être opéré pour les modes de transport à fonctionnalité permanente pour lesquels laccès au service offert par le système de transport est indépendant dhoraires de circulation (marche, automobile, vélo ). Par exemple, laccessibilité automobile en milieu urbain dépend fortement du niveau dutilisation des infrastructures entraînant des écarts parfois très importants entre les heures creuses et les heures de pointes [CHA.02].
En toute rigueur, il est erroné dassocier une valeur daccessibilité à un couple de lieux sans positionner la mesure dans le temps. Ainsi, à toute mesure daccessibilité doivent être associés, outre les coordonnées géographiques des lieux pris en considération, la date, le jour et lheure de la mesure.
La détermination des indicateurs daccessibilité intermodale implique, dans de nombreux cas, de pouvoir prendre en considération, dans le même algorithme de recherche ditinéraires optimaux, deux logiques de modélisation distinctes en fonction de la nature des modes de déplacement utilisés. Se combinent, en effet, les modes à fonctionnalité permanente, pour lesquels laccessibilité est évaluée à partir de durées minimales de parcours et les modes à fonctionnalité temporaire munis dhoraires de circulation pour lesquels laccessibilité se décline en termes dheure minimale darrivée à destination sous contrainte dune heure de départ donnée ou dheure maximale de départ sous contrainte dune heure darrivée donnée.
Dans le premier cas, le service offert par les moyens de transport mis en jeu est accessible en permanence. Les temps de parcours sont calculés à laide de vitesses de déplacement variables selon lintensité des flux (routiers, piétonniers ) présents au moment où est effectué le déplacement. Une méthode de calcul des temps de parcours automobiles à léchelle régionale intégrant les conditions de trafic a été développée par léquipe montpelliéraine de lUMR ESPACE. Une application à létude de la variabilité de la performance des réseaux routiers dans lEst londonien est présentée dans [APP.03]. La principale contrainte rencontrée reste lobtention de données de trafic suffisamment fines pour évaluer avec précision la variabilité de laccessibilité au cours de la journée.
Dans le second cas, le service offert par les transports en commun est temporaire dans la mesure ou il nest accessible que jusquà une certaine heure correspondant à lheure de départ du véhicule. Dans ce cas, laccessibilité se mesure en soustrayant, soit lheure minimale darrivée à destination avec lheure minimale de départ souhaitée, laquelle peut parfois être très inférieure à lheure de départ effective du véhicule, soit lheure maximale darrivée souhaitée avec lheure maximale de départ calculée. Lintérêt réside ici dans la disponibilité de bases horaires permettant un calcul très précis de laccessibilité.
Létude GRRT relative à la concurrence rail - route évoquée précédemment met en évidence, pour les déplacements domicile - travail et domicile - études, la difficulté pour les transports collectifs dêtre concurrentiels à la fois le matin et le soir, ce qui confirme limportance danalyses fines basées sur des mesures désagrégées de laccessibilité [APP.02]. Cette étude montre également que des aménagements mineurs dhoraires des transports collectifs urbains et interurbains, permettant daméliorer leur complémentarité, confère à la chaîne TC des gains substantiels de performance susceptibles de lui permettre de mieux concurrencer la voiture sur certains itinéraires. Ceci confirme quavant dentreprendre des investissements coûteux en infrastructures, il est fondamental doptimiser le fonctionnement des modes de transport, non plus individuellement, mais au sein de chaînes intermodales et dans une logique de déplacement de porte à porte [LHO.01b].
Le développement algorithmique que lexploitation des horaires de circulation des transports en commun impose a été réalisé au laboratoire du CESA (Université de Tours). La démarche et lalgorithme sont décrits dans [BAP.03 et CHA.03]. Ce dernier permet de travailler sur les seuls modes collectifs, sur les seuls modes individuels ou sur la combinaison des deux dans le cadre, par exemple, de trajets nécessitant lutilisation de la voiture en complément des transports en commun.
La réponse méthodologique aux contraintes spatiales et temporelles permet, dans les deux cas évoqués précédemment (modes à fonctionnalité permanente ou temporaire), pris séparément ou combinés au cours dun déplacement, dobtenir en sortie autant de matrices de temps de parcours entre couples de lieux que dinstants de mesure. Dès lors, la question principale qui se pose est celle de lexploitation synthétique à des fins danalyse dune information spatialement et temporellement désagrégée, cest-à-dire valable pour un couple de lieux donnés à un instant donné.
En effet, si elles offrent une précision maximale permettant détudier finement les écarts de performance des chaînes intermodales dans lespace et au cours du temps, les mesures désagrégées ont pour principal handicap leur faible capacité de synthèse. Plusieurs solutions, présentées et critiquées par la suite, permettent cependant daccroître leur portée synthétique.
Nous distinguerons deux grandes familles dindicateurs selon quils se rapportent au déplacement proprement dit ou aux opportunités offertes à destination. Dans le premier cas, le temps de parcours est le matériau principal de lanalyse, dans le second cas, cest le temps disponible à destination qui prime. La présentation des indicateurs daccessibilité adoptée ci-dessous suit de manière croissante leur niveau dagrégation, tant spatiale que temporelle.
Les représentations unipolaires des valeurs désagrégées reposent sur lélaboration de cartes de temps de parcours (par exemple en cercles proportionnels ou en isolignes après interpolation) au départ ou à destination dun lieu donné et à un instant donné. La visualisation sur une même page de plusieurs cartes correspondant à différents moments de la journée permet détudier de manière discontinue les variations de laccessibilité au cours du temps [CHA.03]. La recherche dune lisibilité correcte des cartes tend à limiter leur nombre sur une même page et donc à réduire la finesse de lanalyse, notamment lorsque les valeurs subissent de fortes variations journalières.
Laccessibilité peut être très bonne à 6h et très mauvaise à 6h15, ce que masque la méthode présentée ici si lintervalle de temps entre 2 cartes est trop élevé. Il semble difficilement possible daller au delà de 12 cartes par double page, soit une carte toute les 2 heures sur la journée ou une carte par heure sur la demi-journée. De plus, cette méthode impose de réaliser autant de groupes de cartes que de lieux dorigine ou de destination des déplacements et contraint ainsi à lélaboration dun atlas souvent volumineux.
Il est également possible de comparer sur une même page les lieux dorigine ou de destination entre eux. Or, ceci accroît la synthèse spatiale, mais réduit la synthèse temporelle puisque, pour être comparables, les accessibilités sont calculées pour un départ ou une arrivée à la même heure. Là encore, le nombre de lieux de référence reste limité par les contraintes de lecture des cartes.
Afin de résoudre le problème lié à lintervalle de temps séparant la cartographie des différentes valeurs, nous proposons de représenter laccessibilité entre un couple de lieux au moyen de courbes figurant en abscisse le moment de la journée et en ordonnée le temps de parcours correspondant. Ainsi, il est possible de visualiser sur un même graphique lévolution de laccessibilité au cours de la journée. La courbe ainsi obtenue pourra ensuite être comparée avec les courbes relatives à dautres chaînes intermodales ou à dautres dates danalyse.
La figure 1 présente les variations horaires du temps de parcours entre Montpellier et Berlin le 8 novembre 1999 et le 18 juin 2001. Sont comparées les chaînes aériennes monomodales reliant les deux aéroports et les chaînes intermodales fer-air entre la gare TGV de Montpellier et laéroport de Berlin. Dans les deux cas, le trajet nécessite une correspondance à Paris Charles-de-Gaulle et donc une modélisation spécifique de la connexion avion-avion ou TGV-avion en ce lieu [CHA.03].
Les résultats illustrent toute la difficulté pour la chaîne intermodale fer-air de concurrencer ou même de compléter loffre aérienne monomodale entre des villes dotées dun aéroport de dimension nationale ou internationale.
Laccroissement de la puissance des ordinateurs fournit une grande souplesse quant au pas adopté pour les calculs. Ce pas peut être fixé librement à une heure, une demi-heure, un quart dheure voire à une minute, ce qui permet une représentation quasi continue de laccessibilité au cours du temps. Afin doptimiser le temps de calcul, le pas peut sadapter automatiquement à chaque nouveau départ ou à chaque nouvelle arrivée. Par exemple laccessibilité ferroviaire au départ dune gare reste inchangée aussi longtemps quun nouveau train ne part pas.
Cette méthode offre un haut degré de synthèse temporelle, mais celle-ci sopère au détriment de la synthèse spatiale puisque si lon veut comparer la performance des chaînes intermodales entre elles il convient de réaliser autant de graphiques que de couples origine-destination.
De même, si, pour une même chaîne intermodale, il est possible de représenter plusieurs couples sur un même graphique, la distinction des couleurs ou figurés limite, là encore, le nombre de courbes à une quinzaine et réduit la portée synthétique de lanalyse.
La solution à ce problème est à rechercher dans lautomatisation de la production des courbes entre tous les couples de lieux étudiés. Cela permettrait de calculer des indicateurs agrégés de type «pourcentage de temps pendant lequel telle chaîne de transport est plus performante que telle autre» ou «pourcentage de temps pendant lequel laccessibilité à la date t + Dt est meilleure quà la date t». Ainsi, dans lexemple précédent, lon pourrait évaluer globalement dans quelle mesure la chaîne intermodale fer-air est susceptible de concurrencer ou de compléter la chaîne aérienne monomodale ou lon pourrait analyser si la restructuration conjointe de loffre aérienne et ferroviaire (TGV Méditerranée) entre 1999 et 2001 a altéré ou renforcé la compétitivité relative de la chaîne intermodale fer-air.
Afin de contourner la contrainte liée à la couverture complète de lespace en valeurs daccessibilité, il est dusage de travailler sur un échantillon des lieux de destination. Cet échantillon peut être élaboré à partir de critères liés à la population (accessibilité aux communes de plus de 5 000 habitants), au trafic (accessibilité aux aéroports de plus de 500 000 passagers annuels), aux services offerts (accessibilité à léchangeur autoroutier le plus proche), etc.
La même démarche déchantillonnage à partir de critères similaires est souvent effectuée pour les lieux dorigine des déplacements. Cest le cas de la figure 2 qui positionne les communes de plus de 2 000 habitants du Languedoc-Roussillon (origine des déplacements) en fonction de la qualité de leur desserte autoroutière, appréhendée par le temps daccès automobile en heures creuses au diffuseur autoroutier le plus proche (destination des déplacements), et de leur dynamique démographique, mesurée par la croissance relative de la population entre 1975 et 1999.
Fig. 2: Dynamique démographique et desserte autoroutière en Languedoc-Roussillon
Population dynamic and motorway provision in Languedoc-Roussillon
On remarque que les communes qui ont doublé leur population depuis 1975 sont toutes situées à moins de 20 minutes dun diffuseur. Cela signifie quen Languedoc-Roussillon, il y a globalement une bonne adéquation entre la localisation des pôles à forte croissance démographique et la qualité de la desserte autoroutière. En dautres termes, les villes les plus dynamiques sont particulièrement bien desservies par les grands axes de communication. Cette approche discrète, indépendante de la dimension temporelle, peut ensuite être étendue à tout lespace par interpolation.
Le meilleur temps de parcours est couramment utilisé comme indicateur de synthèse dans les études daccessibilité. Il traduit la valeur minimale de laccessibilité entre un couple de lieux et reflète donc le fonctionnement optimal de la chaîne de transport dans un intervalle de temps donné (par exemple la journée). Sa représentation est généralement unipolaire, mais il est possible de cartographier la somme en ligne ou en colonne de la matrice des meilleurs temps afin dobtenir un indicateur multipolaire daccessibilité optimale vers ou depuis lensemble des autres lieux étudiés.
Cet indicateur présente cependant linconvénient de masquer les variations temporelles inhérentes aux fréquences et horaires de circulation des transports en commun ou à létat de congestion du réseau routier. Pour un couple de gares, il ne sert à rien de posséder un meilleur temps de parcours ferroviaire exceptionnel si elles ne sont desservies que par un train par jour circulant entre minuit et une heure du matin ! La structure de la desserte et le positionnement horaire des services pour les transports collectifs ainsi que la répartition des flux routiers au cours de la journée sont des éléments clés de lévaluation des chaînes intermodales de transport.
La représentation du meilleur temps de parcours au départ dun lieu sous forme disolignes est couramment utilisée. Elle permet la couverture complète de lespace géographique en valeurs daccessibilité. Lintersection des isolignes avec un découpage administratif (NUTS 3 par exemple) permet de connaître la surface du territoire ou la quantité de population accessible en moins de x minutes. La restitution sopère sous forme de courbes avec en abscisse une échelle des temps et en ordonnée le pourcentage de surface ou de population accessible correspondante. Il est ainsi possible de comparer différents lieux sur un même graphique ou, pour un même lieu, différentes dates.
La somme en ligne ou en colonne de la matrice des durées de déplacement à un instant donné permet, pour chaque lieu, de calculer le temps moyen de parcours à destination ou au départ de lensemble des autres lieux étudiés (indicateur multipolaire). Dans ce cas il y a dagrégation spatiale des mesures. Si lon procède de la même manière pour lensemble des matrices comprises dans un intervalle de temps donné, on obtient une moyenne agrégée spatialement et temporellement.
Cela implique de définir avec précision les lieux de destination car les résultats sont fortement dépendants de leur densité. Pour ce faire, les critères déchantillonnage évoqués précédemment (population, trafic, services, fonctions ) sont également susceptibles de sappliquer dans le cadre de cet indicateur.
La aussi, linconvénient principal est que lagrégation gomme les spécificités spatiales et temporelles de laccessibilité. Cette perte dinformation est compensée par le caractère synthétique de lindicateur. Il ressort que lobtention dun plus haut niveau de synthèse passe nécessairement par une perte dinformation.
Il sagit dune famille dindicateurs unipolaires très intéressante pour évaluer de manière synthétique la performance des chaînes intermodales impliquant les transports collectifs. Sous contrainte dune heure de départ donnée et pour chaque lieu dorigine, le premier indicateur consiste à calculer puis à cartographier lheure minimale darrivée à destination. Par exemple, lon peut étudier la qualité des services intermodaux impliquant le TGV en calculant lheure minimale darrivée à la Grande Arche de la Défense en partant du centre des grandes villes de province après 5 heures du matin. Il est possible de hiérarchiser les villes en fonction de lheure darrivée et donc des potentialités de réunions ou de loisirs offertes à destination.
La durée maximale disponible à destination est une extension de lindicateur précédent. Elle repose sur un intervalle de temps défini au préalable (par ex. 5h.-21h.) qui fixe lheure de départ et lheure de retour à ne pas dépasser. Outre lheure darrivée minimale à destination calculée précédemment, il convient de chercher le dernier service permettant le retour le plus tardif possible dans les limites permises par lintervalle. La différence entre les deux fournit la durée maximale disponible à destination. Le résultat dépend des fréquences, du positionnement horaire et de la performance des services puisque plus le temps passé à se déplacer est élevé, plus la durée disponible à destination est réduite. Le calcul de cet indicateur est fortement lié au motif de déplacement des usagers car le choix de lintervalle nécessite une adaptation spécifique pour chaque catégorie de comportements.
Il est également possible dinverser la logique de calcul. Par exemple, sous contrainte dune durée disponible à destination de 8 heures, fixée au préalable entre 10h. et 18h., quelle est, le matin, lheure de départ de son domicile la plus tardive possible et, le soir, lheure de retour minimale. La soustraction des deux donne le temps minimal à passer hors de son domicile dans le cadre, par exemple, des déplacements quotidiens liés au travail. Certains trajets, pour dautres motifs, imposeront des contraintes lourdes aux usagers comme lutilisation dun train de nuit ou un départ la veille. Lintérêt étant, là aussi, de pouvoir comparer les lieux entre eux et ainsi de les hiérarchiser.
Les limites de ces indicateurs sont essentiellement spatiales. En effet, il existe une multitude de lieux de départ et darrivée ce qui réduit le caractère généralisable des résultats. Cest pourquoi lon retient généralement un temps moyen de pré et post acheminement vers ou depuis le nud principal du système de transport emprunté.
Cet indicateur, plus agrégé que le précédent, est également utilisé pour étudier la qualité des chaînes intermodales intégrant des modes à fonctionnalité temporaire. Il repose sur lexploration de toute linformation disponible entre un lieu dorigine et un lieu de destination et comptabilise le nombre de trajets aller-retour quun individu peut effectuer dans un intervalle de temps donné. Chaque nouveau départ est susceptible de faire croître lindicateur dau moins une unité supplémentaire jusquà ce que le retour ne soit plus possible dans les temps. Plus le résultat est élevé, plus loffre est de qualité en termes de fréquence, de temps daccès et de positionnement horaire des services.
Les travaux menés sur cet indicateur pour évaluer les services ferroviaires régionaux [BAP.02] intègrent progressivement des contraintes permettant de se rapprocher du comportement de lusager:
Les résultats obtenus sont intéressants du point de vue de lagrégation temporelle puisquils explorent tous les services offerts dans un intervalle de temps donné. En ce qui concerne lespace, le calcul de lindicateur, basé sur des couples origine-destination, implique de travailler sur un échantillon de lieux. Lanalyse peut être soit unipolaire en considérant les relations vers un lieu unique de destination [BAP.02], soit multipolaire en calculant les nombre dallers-retours possibles vers tous les autres lieux de léchantillon [ROZ.03]. Indépendamment de la valeur obtenue, la seule possibilité deffectuer laller-retour en respectant les contraintes imposées permet de connaître le nombre de lieux accessibles au départ de chacun des lieux de léchantillon.
Une des limites de cet indicateur réside dans la difficulté davoir un résultat à la fois synthétique et proche du comportement des usagers. En effet, à certaines échelles danalyse, le gain de précision offert par lajout de contraintes liées à lusage des services implique dadapter lindicateur à chaque motif de déplacement et, pour un même motif, à chaque famille de comportements. Cela montre quune évaluation rigoureuse des chaînes intermodales de transport passe par ladaptation de certains indicateurs afin dapprocher au plus prêt la capacité des services proposés à répondre correctement ou non aux besoins des différentes catégories dusagers.
Ce travail dexploration des outils dévaluation de la performance des chaînes intermodales de transport a permis de mieux approcher les limites respectives des indicateurs spatio-temporels agrégés et désagrégés. Lobtention de résultats synthétiques sopère au détriment de la précision de lanalyse. Les indicateurs utilisant une partie de linformation disponible (meilleur temps de parcours ) ou les indicateurs agrégés (temps moyen de parcours ) masquent les variations spatiales et temporelles de laccessibilité. Ces dernières sont repérables à laide dindicateurs désagrégés qui imposent le traitement dune grande quantité dinformation. Ainsi, lautomatisation du calcul des temps de parcours et des représentations graphiques qui en découlent est une condition sine qua non pour analyser de manière exhaustive cette information et pour faire émerger des indicateurs généralisables. Cette piste reste encore largement à explorer.
[APP.03] M.APPERT, L. CHAPELON, «Variabilité de la performance des réseaux routiers dans lespace et le temps: application à la région urbaine de Londres» in Mathis Ph. (dir), Graphes et réseaux, Paris, Hermes, 2003, pp. 51-76.
[APP.02] M. APPERT, L. CHAPELON, «Planification des transports régionaux en Nord-Pas-de-Calais et Languedoc-Roussillon: analyse de la concurrence rail-route», Montpellier: UMR ESPACE, 2002.
[BAP.03] H. BAPTISTE, 2003, «Détermination des chemins minimaux dans un graphe temporisé» in Mathis Ph. (dir), Graphes et réseaux, Paris, Hermes, 2003, pp. 93-112.
[BAP.02] H. BAPTISTE, A. LHOSTIS, «Analyse de la qualité de service du réseau de transport collectif en région Nord-Pas-de-Calais et Languedoc-Roussillon», Tours/Villeneuve-dAscq: CESA/INRETS, 2002.
[CHA.03] L. CHAPELON, S. BOZZANI, «Lintermodalité air-fer en France: une méthode danalyse spatiale et temporelle», LEspace Géographique, N°1, 2003, pp. 60-76.
[CHA.02] L. CHAPELON, B. JOUVAUD, S. RAMORA, M. APPERT, «Localisation de la gare TGV de Nîmes: évaluation spatiale et temporelle des scénarios daménagement», Montpellier: UMR ESPACE, 2002.
[CHA.00] L. CHAPELON (dir), «Transports et énergie», La Documentation Française, Paris, 2000.
[CHA.97] L. CHAPELON, «Offre de transport et aménagement du territoire», Thèse de Doctorat, CESA, Tours, 1997.
[LHO.01a] A. LHOSTIS, Ch. DECOUPIGNY, «Scheduled accessibility in the multimodal transport network of the Nord-Pas-de-Calais region: measures of the transport service for the assessment of the spatial planning policy», European NECTAR conference, Helsinki, 2001.
[LHO.01b] A. LHOSTIS, Ch. DECOUPIGNY, Ph. MENERAULT, N. MORICE «Cadencement et intermodalité de loffre en transport collectif en Nord-Pas-de-Calais», INRETS, Villeneuve-dAscq, 2001.
[MAT.03] Ph. MATHIS (dir.), «Graphes et réseaux», Hermès, Paris, 2003.
Ph. MENERAULT, V. STRANSKY, «La face cachée de lintermodalité: essai de représentation appliquée au couple TGV/Air dans la desserte de Lille», Les Cahiers scientifiques du transport, N°33, 1999.
[PAS.96] S. PASSEGUÉ, «LAccessibilité aux équipements en milieu rural, analyse spatiale à travers un SIG en mode raster», Thèse de Doctorat, Avignon, 1996.
[ROZ.03] C. ROZENBLAT, P. CICILLE, «Les villes européennes: analyse comparative», La Documentation française, Paris, 2003.